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Covid et santé mentale, où en sont les jeunes ?
Covid-19

Covid et santé mentale, où en sont les jeunes ?

Depuis plus d’un an et demi, la santé mentale est mise à rude épreuve par la pandémie de covid-19 et les mesures sanitaires qui l’accompagnent. Des inquiétudes sur les conséquences néfastes à long terme ont rapidement émergés, en particulier pour les adolescent-es et les jeunes adultes.

Si les statistiques officielles des décès par suicide ne seront pas connues avant au moins une année, les sondages, études et articles publiés depuis le début de la pandémie révèlent que les principaux indicateurs de la santé mentale sont au rouge. À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale qui a eu lieu le 10 octobre, Léonore Dupanloup, responsable de communication et de prévention médias pour STOP SUICIDE, fait le point sur les données disponibles à ce jour.

Sondages : stress, anxiété et symptômes dépressifs en hausse

Différentes enquêtes ont été menées auprès de la population suisse pour évaluer l’effet des mesures sanitaires sur le bien-être et la santé mentale. Le sondage « Swiss corona stress study : second pandemic wave » [1] publié en décembre 2020 révèle que le nombre de personnes souffrant de symptômes dépressifs graves a été multiplié par six, atteignant 18% de la population. Les jeunes ont été particulièrement impacté-es, 29% des 14-24 ans étant concernés par des symptômes dépressifs modérés et sévères.

L’enquête de l’ADEPSY [2] auprès des étudiant-es de psychologie de l’Université de Genève à l’automne 2020 a confirmé ses résultats. 82% des répondant-es signalent un impact négatif ou fortement négatif de la pandémie sur leur santé mentale et 53% se disent tristes, déprimé-es ou désespéré-es. Les symptômes de stress sont également très présents : 67% subissent des troubles du sommeil et 44% sont concerné-es par des troubles de l’appétit. Plus inquiétant encore, un tiers des étudiant-es ont déclarés avoir eu des pensées suicidaires au moins une petite partie du temps et 10% ont pensé qu’il vaudrait mieux mourir ou ont envisagé de se faire du mal. (Pour plus de détails sur cette enquête, lire notre article co-écrit avec Stop Suicide)

Les symptômes de stress et de dépression sont en augmentation chez les jeunes. 53 % des répondants de l’enquête menée par ADEPSY Se sont sentis tristes et déprimé.e.s

Menée à plus large échelle, la « Swiss corona stress study : high school » [3] montre en revanche moins de symptômes de stress sévères (14,6%) pour cette population en comparaison avec le précédent sondage (28,5%) et une légère baisse des symptômes dépressifs (26,9% contre 31,7%). Parmi les causes de stress identifiées par les étudiant-es, on trouve principalement la pression scolaire, la crainte d’avoir une éducation « au rabais » et les conflits familiaux.

Au niveau international, l’UNICEF a également alerté sur l’urgence de la situation. Dans les résultats préliminaires d’une enquête internationale menée dans 21 pays [4], l’organisation internationale relève qu’un jeune (de 15 à 24 ans) sur cinq se dit souvent déprimé ou peu intéressé par les choses en général.

Lignes d’aide : la thématique du suicide plus présente dans les échanges

En première ligne dans la prise en charge des personnes à risque suicidaire, les permanences téléphoniques disposent de données permettant de rendre compte du niveau de bien-être de la population. Il y a quelques semaines, la Main Tendue a publié un communiqué de presse [5] faisant état au niveau national d’une hausse de 30% des appels concernant des pensées suicidaire entre le premier semestre 2019 et le premier semestre 2021. L’augmentation de 40% des appels de personnes mineures est également préoccupante : les jeunes préférant habituellement l’écrit (chat, mail, sms…) cette recrudescence de contacts téléphoniques laisse supposer un niveau de stress et une souffrance plus élevés, requérant une réponse plus urgente.

L’augmentation de 40% des appels de personnes mineures est également préoccupante : les jeunes préférant habituellement l’écrit (chat, mail, sms…) cette recrudescence de contacts téléphoniques laisse supposer un niveau de stress et une souffrance plus élevés, requérant une réponse plus urgente.

Un rapport de Pro Juventute [6] publié en février dernier corrobore ces chiffres. Parmi les appelant-es au 147, les contacts pour symptômes dépressifs ont augmenté de 16%, ceux pour troubles psychiques de 21% et les appels urgents pour des situations de crise aigüe sont en hausse de 29% par rapport à 2019. À Genève, l’unité Malatavie, qui accueille des adolescent-es en crise suicidaire et tient une ligne d’aide, a également constaté une recrudescence des appels, qui sont passés de 881 en 2019, à 1332 en 2020, pour atteindre déjà le nombre 1056 dans les cinq premiers mois de 2021 [7].

Si ces chiffres peuvent sembler très alarmants, il faut toutefois nuancer la situation, car il est préférable qu’une personne qui a besoin d’aide appelle une helpline plutôt qu’elle n’appelle pas. Voir augmenter les appels vers les lignes d’aide peut aussi être le signe que plus de personnes sont prêtes à demander de l’aide pour sortir de leur mal-être.

Hôpitaux : les services psys sous tension

Il n’existe pas en Suisse de recensement systématique des tentatives de suicides qui sont prises en charge dans les hôpitaux. Les communications des services hospitaliers sur le sujet restent rares, mais plusieurs d’entre eux se sont exprimés dans les médias ses derniers mois. En février, le CHUV avançait auprès de la RTS une augmentation de 60% des hospitalisations en pédopsychiatrie entre juin et septembre 2020 en comparaison à la même période l’année précédente [8].

À l’hôpital pédiatrique universitaire de Zurich, les admissions d’enfants et d’adolescent-es suite à une tentative de suicide ont plus que doublé passant de 22 en 2019 à 49 en 2020. Entre janvier et avril 2021, le service en comptabilisait déjà 21 [9].

Où trouver de l’aide en cas de besoin?

  • Parler et être écouté.e
    La Main Tendue – 143 – quelqu’un à qui parler  – composer le 143, gratuit et anonyme, 7j/7 24h/24 ou demander une aide par mail
  • Au sein de l’Université de Genève
    Santé et psychologie (consultation psychologique à tarif modéré)
    Aides financières (aussi pour les étudiants de la HES-SO)
    Bureau social
    PSYLINE : ligne gratuite et confidentielle d’écoute et de soutien psychologique pour toutes et tous, membres de la communauté de l’UNIGE, du lundi au vendredi, de 11h à 20h (exceptés jours fériés) – composer le 022 379 92 00
  • Autres ressources
    Actidote : application d’auto-assistance pour la promotion de la santé et la prévention de la dépression chez les étudiants (projet mené par le Pôle Santé et Psychologie de l’UNIGE, en collaboration avec le Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et le département de psychiatrie des HUG)
    Stop Suicide : association en Suisse romande oeuvrant à la prévention du suicide des jeunes (15-29 ans)
    Ecoute Etudiants : plateforme en ligne d’aide proposée par la Fondation FondaMental, avec le soutien de la Région Ile-de-France, pour faire le point, y trouver des clés et astuces sur la santé mentale.