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Quand ce n’est pas juste un baby blues
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Quand ce n’est pas juste un baby blues

Un article co-écrit avec le Dr Nathalie Nanzer, responsable d’unité de guidance infantile aux Hôpitaux Universitaires de Genève.
Beaucoup de parents ressentent des bouleversements passagers de l’humeur à la naissance d’un enfant, c’est ce qu’on appelle aussi le “baby blues”. Mais une partie de nouveaux parents se retrouve, elle, confrontée à une autre réalité : la dépression périnatale. Une maladie potentiellement grave mais qui peut être soignée. Malheureusement, une minorité des cas seulement sont repérés et traités. La stigmatisation persistante au sujet de la santé mentale, exacerbée dans les semaines “postpartum” qui suivent la naissance, explique en grande partie cet écart.

Baby blues ou dépression périnatale?

On confond souvent les deux, et pourtant il y a une distinction importante. Alors que le baby blues, considéré comme une perturbation de l’humeur (non pathologique) ne dure que quelques jours, la dépression périnatale, elle, est une maladie d’intensité variable dont les symptômes dépressifs peuvent durer entre quelques semaines et plusieurs années. Elle nécessite une prise en charge précoce, au risque de devenir récurrente. La dépression périnatale peut en effet être le début d’une série d’épisodes dépressifs répétitifs entrecoupés de périodes sans symptômes. Et lors d’une grossesse ultérieure, elle présentera 30% à 50% de risque de récidive. Bien que la dépression périnatale soit de mieux en mieux connue, le problème est qu’elle n’est détectée que dans une minorité des cas. Et pourtant, elle constitue LA complication la plus fréquente de la grossesse.

FREQUENCE DU BABY BLUES

FREQUENCE DE LA DEPRESSION PERINATALE

Le tabou, un obstacle majeur au diagnostic

Pourquoi la dépression périnatale est-elle chroniquement sous-diagnostiquée? D’abord, pendant cette période, les femmes sont moins en contact avec le corps médical, alors que pendant la grossesse, elles avaient des rendez-vous réguliers de contrôle. Après l’accouchement, c’est en général le bébé qui accapare la majeure partie de leur attention, et elles sont plus réticentes à être aidées, ou alors elles ne reconnaissent pas les symptômes, attribuant leur état à la nouveauté de l’arrivée du bébé.
Parfois aussi, la femme ne sait pas où s’adresser pour trouver de l’aide. Elle voit le pédiatre de l’enfant, mais pense que ce n’est pas le lieu pour parler d’elle. Et si elle se décide à consulter, elle tend à minimiser ses symptômes et à mettre en avant des signes plus « acceptables » tels que la fatigue, les douleurs, les troubles du sommeil. Mais c’est surtout le tabou lié à la santé mentale qui empêche souvent une prise en charge. Lorsque la femme prend conscience qu’elle a besoin d’aide, elle n’ose pas toujours en demander.

La crainte de ne pas être une bonne mère, d’être cataloguée de malade mentale ou jugée incapable de s’occuper de son bébé est souvent présente. Sans doute est-il inconcevable d’être déprimée alors que l’image convenue et idéalisée de la jeune mère est celle d’une femme comblée ?

La dépression fait peur ! Non seulement à la personne qui la vit, mais également aux professionnel.le.s de la santé peu habitué.e.s à prendre en charge des patient.e.s déprimé.e.s. En théorie, chacun.e sait qu’il s’agit d’une maladie, indépendante de la volonté et qui provoque beaucoup de souffrance. Cependant, le spectre de la maladie mentale fait peur, la folie n’est jamais très loin dans les fantasmes.

Une façon de se défendre contre cette peur consiste à rendre la personne malade fautive de ce qui lui arrive : « Avec plus de volonté elle n’en serait pas là ! », « A force de tout voir en noir, elle provoque son propre malheur ! », « Elle n’aurait pas dû faire un enfant si vite ! »

Cette peur peut également provoquer une réaction de déni qui touche également le personnel médical peu habitué à diagnostiquer les maladies psychiques. Combien de médecins pensent à demander à leurs patientes enceintes si elles se sentent tristes, déprimées ou angoissées ? Et s’ils le font, osent-ils ensuite approfondir la question plutôt que de la balayer d’un : « C’est normal, vous êtes enceinte ! Cela passera quand vous serez un peu moins stressée. » Pourtant, une oreille attentive et un moment d’écoute permettent souvent de diminuer leurs craintes et leur sentiment de solitude.

Qui est normal.e? Et qui ne l’est pas?

Cette distinction existe-t-elle vraiment?

Et quel est le poids de cette “normalité”?

Et les pères?

Environ 10% des hommes vivent les mêmes moments de désarroi et d’incompréhension lorsqu’ils deviennent pères. Ils sont souvent encore moins informés sur cette maladie que les femmes et éprouvent d’autant plus de difficultés et de gêne à se confier. Les hommes vivent eux aussi une crise identitaire à l’heure de devenir pères.
La vie émotionnelle des nouveaux pères et les obstacles qu’ils peuvent rencontrer dans le processus complexe menant à la paternité ont été peu étudiés. Mal connue et souvent masquée, la dépression périnatale du père est rarement diagnostiquée.

La paternité, un enjeu crucial !

Oui à l’existence d’un congé paternité en Suisse

Quelles conséquences pour l’enfant?

A sa naissance, le bébé n’est pas encore un être mature et autonome. Il a besoin des soins et des interactions avec l’adulte pour se développer et se constituer un sentiment d’identité. Dans les premiers temps de sa vie, c’est le contact dual, régulier et privilégié avec un.e « autre » qui est primordial dans son développement. Et dans la grande majorité des cas, l’autre, c’est le parent.
Plus d’une dizaine d’études documentent clairement les répercussions de la périnatale maternelle sur les enfants qui manifestent leur souffrance par différents maux physiques ou psychiques. Cela se manifeste d’abord par des troubles de l’alimentation ou du sommeil par exemple, et en grandissant des troubles du comportement ou de l’humeur peuvent aussi apparaître et influencer les capacités sociales et cognitives de l’enfant.

Les pédiatres et pédopsychiatres sont ainsi en première ligne pour détecter ces dépressions, car c’est souvent le suivi de l’enfant qui attire l’attention sur les difficultés du parent. Heureusement, le traitement de la dépression périnatale permet souvent une évolution positive à long terme des difficultés de l’enfant : amélioration de la relation mère-enfant, amélioration du fonctionnement global de l’enfant, de son comportement, ou encore de ses capacités cognitives et émotionnelles.

Sécurité, réconfort, affection, amitié…

Pourquoi nos liens d’attachement sont-ils si importants ? Dès les départ, dès les premières années de la vie?

J’aimerais que la société porte autant d’attention à la santé psychique des familles qu’à leur santé somatique, et sans tabou! – interview avec Nathalie Nanzer

La détection précoce, un enjeu crucial !

La dépression périnatale n’est pas une fatalité. Vite repérée, elle peut être soignée efficacement, empêchant ainsi la formation de séquelles à long terme. Les professionnel.le.s de la santé doivent activement prendre en compte l’existence de cette maladie et être prêt.e.s à la repérer lors des consultations. Un bon entourage, sensibilisé à la question, est aussi important. Enfin, les personnes avec des antécédents psychiatriques devraient avoir un suivi thérapeutique pendant la période délicate du postpartum.

Le travail conséquent d’information et de dépistage qui reste à faire ne pourra toutefois être utile que s’il est accompagné d’une dé-stigmatisation de la santé mentale et de la souffrance psychologique.

Une grande partie des signes et symptômes de la dépression périnatale se retrouve, à un faible degré, chez tous les nouveaux parents. C’est l’intensité, la présence de plusieurs des signes dépressifs et surtout leur persistance durant pus de deux semaines qui doivent attirer l’attention. À partir du moment où une personne “se sent mal”, que cela dure, qu’elle n’en comprend pas les raisons ou que les symptômes l’inquiètent, il est important qu’elle demande un avis professionnel!

On peut tou.te.s avoir besoin de consulter un professionnel.le quand…

On se sent mal dans sa peau sans raison objective.
On se sent régulièrement inquiète face à l’arrivée de cet enfant.
Des choses de notre passé viennent nous tourmenter et nous empêchent de vivre sereinement le moment présent.
Nos émotions nous débordent et on ne les comprend pas.
Nos réactions nous étonnent, nous inquiètent et on ne se reconnait plus.
Nous avons le désir de mieux comprendre ce qui se passe en nous…

Des ressources existent pour sinformer, prévenir et guérir