Le travail,
c’est la santé ?

La santé mentale au travail, parlons-en !

Tu fais quoi dans la vie ?
Cette phrase, pourtant si simple, révèle à elle seule la place fondamentale qu’occupe le travail dans notre vie.
Quelle est l’influence de notre travail sur notre bien-être et notre équilibre ?

La valeur du travail a beaucoup évolué au fil du temps, passant d’une fonction purement physiologique à un rôle quasi existentiel. Dans sa vie professionnelle, il faut pouvoir s’accomplir, se sentir utile, se faire des ami.e, donner un sens à sa vie… Ces besoins-là sont loin d’être secondaires, ils sont fondamentaux pour l’être humain.

Le travail serait-il le garant de notre bien-être ? La réalité est évidemment bien plus nuancée et contrastée. Le “burnout" en est le parfait exemple. Peut-être, vous qui lisez ces lignes, en avez-vous connu un ? Peut-être avez-vous eu la sensation que vous portiez le poids du monde (ou de votre entreprise) sur vos épaules ? Peut-être même vous-êtes-vous senti.e coupable de “ne pas y arriver” ou de vous sentir mal. Mais est-on coupable de sa propre souffrance au travail ?

La santé mentale au travail, et la santé mentale en général, est un combat politique. Elle est influencée par un ensemble de facteurs individuels et collectifs qui dépendent les uns des autres. Parler de santé mentale, ce n’est pas seulement aborder l’aspect psychologique de la santé. Parler de santé mentale, c’est aussi et surtout questionner toutes les conditions qui permettent de préserver et d’améliorer son bien-être. En ce sens, parler du travail et de ses conditions, c’est parler de santé mentale.

Qu’est ce qu’un travail “bon” pour la santé mentale ? A l’inverse, pourquoi le travail fait-il parfois souffrir ? Quels sont les leviers d’action politique ? Comment prévenir plutôt que guérir ?

Moi, mon travail, ma vie

Dans ce dossier, nous abordons le sujet du travail en tant qu’activité exercée par des personnes en âge de travailler et générant une rémunération. La santé mentale et le “non-emploi” est un autre sujet qui mérite un dossier à part entière.

Le travail fait partie de notre identité. La plupart d’entre nous passe au moins un tiers de sa vie au boulot ! Un chiffre loin d’être anodin. Mais depuis quand le travail occupe-t-il autant notre vie ? D’où provient donc notre attachement si fort pour le travail ?

“Je suis, parce que j’effectue.”

– Erich Fromm, sociologue et psychanalyste (1975 : 249-250)

À l’origine, le mot travail signifie « gêne, peine, souffrance » (du latin tripaliare, signifiant “torture"). Pendant longtemps et dans de nombreuses cultures, le fait de travailler a été largement condamné ou considéré comme une activité inférieure.
La valeur travail, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est une réalité récente. Elle est apparue avec la bourgeoisie du 18e siècle et s’est progressivement enracinée dans nos esprits comme une vertu, une activité qui non seulement remplit notre vie mais lui donne un sens.

Le travail est, en somme, au cœur de notre fonctionnement en tant que société.

“Forcez les hommes au travail, vous les rendrez honnêtes […] Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin.”

–Voltaire, écrivain français du siècle des lumières

Le travail, un catalyseur de bien-être ?

Premier constat : le travail est identifié comme une ressource centrale par l’Organisation Mondiale de la Santé. L’OMS dit que “la santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté”.

Sans le travail, l’être humain est-il perdu ? Où vais-je, que fais-je, qui suis-je ? Aujourd’hui nous ne travaillons pas seulement pour avoir de quoi boire et manger, nous exerçons une activité parce que c’est nécessaire pour faire partie de la société.

Le travail est devenu une fin en soi, un prolongement de notre personne. Lorsque l’on regarde de plus près tout ce que l’on met dedans, on comprend mieux pourquoi il a tant d’impact sur notre santé mentale.

Le travail agit comme un catalyseur, mélangez bien et vous obtiendrez les éléments suivants :

  • une source de revenu et des conditions de vie décentes, mais AUSSI :
  • un sentiment de reconnaissance, de respect et d’estime, qui va souvent de pair avec :
  • un statut social, une place dans la société, afin de développer :
  • des relations sociales épanouissantes aussi bien sur le plan professionnel que personnel, BREF :
  • le sentiment de maîtriser sa vie, de s’épanouir et d’être utile …

L’épanouissement, c’est un besoin vital ? Oui, mais ce n’est possible que si on fait les choses dans l’ordre ! Difficile de s’épanouir lorsqu’on ne reçoit pas un salaire décent pour un travail fourni. Difficile de se sentir utile lorsque l’on ne se sent pas reconnu.e au sein de son équipe.

“Les conditions de travail font partie des principaux déterminants sociaux de la santé.”

Enquête suisse sur la santé (ESS). Conditions de travail et état de santé, 2012-2017

Pourquoi notre travail a-t-il autant de pouvoir sur notre notre moral ?

Au travail, de nombreuses émotions peuvent cohabiter. On peut se sentir à l’aise, bien dans ses baskets, en sécurité, serein.e, confiant.e, galvanisé.e ou même euphorique. Mais il arrive aussi de se sentir découragé.e, pas reconnu.e, stressé.e, voire perdu.e.

Comment le travail influence-t-il notre santé mentale ?

Le travail, un monde utopique ?

Nous faisons peser sur l’activité travail des éléments fondateurs de notre bien-être et de notre humanité. Mais avons-nous raison d’attendre autant de notre emploi ? Le travail doit-il répondre à tous nos besoins dans la vie ? Peut-il vraiment nous rendre heureux.se ?

“Le bien-être c’est de ne pas être au travail. Le travail doit nous permettre d’être bien en dehors, à l’extérieur.”

– Vincent Leggiero, délégué du personnel et responsable syndical aux TPG

Lorsque notre travail ne répond pas à nos besoins fondamentaux, notre santé mentale se dégrade. Nous connaissons tou.te.s au moins une personne malheureuse au travail, ce qui la rend malheureuse AUSSI en-dehors du travail. Pourquoi tant d’emplois menacent-ils notre santé mentale ?

des Genevois.es sont  peu ou très peu satisfait.es au travail contre 10,7 % à l’échelle nationale

Uberise-moi !

Le monde du travail contemporain s’attaque violemment aux besoins fondamentaux de l’être humain, par :

  • l’intensification du rythme du travail
  • l’hyper-flexibilité des heures/planning de travail
  • la surcharge d’informations
  • l’augmentation du niveau d’exigence
  • la précarité de l’emploi (manque de sécurité en termes de contrat, de salaire et de protection sociale)
  • la distension des liens sociaux
  • la perte de sens
  • le manque de reconnaissance…

Prenons la précarité de l’emploi par exemple. Le sentiment d’incertitude généralisée qui en découle vient directement attaquer notre besoin viscéral de sécurité.

Si on se réfère à la pyramide de Maslow, ce besoin de sécurité (recherche d’un environnement stable, d’une bonne santé), vient juste après la satisfaction de nos besoins physiologiques (boire, manger, dormir). Lorsque l’être humain reste trop longtemps dans une situation précaire et incertaine, l’impact sur sa santé mentale est énorme. Nous en avons fait l’expérience collective pendant ces deux dernières années de crise sanitaire. L’incertitude peut fortement ébranler notre équilibre.

“Quand on ne vit que des fragments de vie c’est impossible de donner un sens à sa vie.”

– Les nouveaux pauvres : quand travailler ne suffit plus (Arte)

L’ubérisation du travail est une autre dérive du monde du travail :

  • horaires fractionnés ou gérés par des algorithmes
  • désintégration du lien social
  • perte d’autonomie
  • absence de protection sociale
  • irrégularité des revenus et aucune garantie (contrat zéro heure)

Le journal Le Monde parle des dangers du travail en miettes. La Tribune de Genève a elle aussi traité le sujet en suivant le quotidien d’un livreur Uber Eats.

Dans le livre Ubérisation, et après ? , la sociologue Dominique Méda fait le constat suivant : « Le discours selon lequel l’auto-entrepreneuriat [statut exigé par les platesformes pour travailler avec elles] constituerait un havre de liberté est un mythe, une illusion. »

L'ubérisation (du nom de l'entreprise Uber) est un phénomène récent dans le domaine de l'économie consistant en l'utilisation de services permettant aux professionnel.les et aux client.es de se mettre en contact direct, de manière quasi instantanée, grâce à l'utilisation des nouvelles technologies. On l’appelle aussi économie de plateforme.

Sur l’échelle des dérives contemporaines, l’ubérisation est un cas extrême. Cependant, en Suisse, en 2020, les chiffres montrent que la santé mentale des travailleuses et travailleurs est mise à mal :

des personnes actives sont épuisés.es émotionnellement

des personnes actives sont exposé.es à au moins une situation* menaçant leur bien-être psychologique

Je travaille donc je résiste… mais à quoi ?

On assiste depuis plusieurs années, à une normalisation inquiétante de la souffrance au travail ; lorsque les conditions de travail nuisent à la santé mentale des employé.es, elles génèrent de la souffrance psychologique. Cette souffrance crée un double problème : souvent, elle n’est ni reconnue ni traitée.

Pire, les comportements fréquemment valorisés en entreprise sont ceux de l’endurance psychique ou encore de la résistance au stress. Il est donc normal de les supporter sans rien dire…

Cette logique poussée à l’extrême conduit à des raisonnements terriblement néfastes pour la santé mentale : si nous ne travaillons pas “dur” et que nous ne sommes pas capables de résister au stress, pour un job qui n’a peut-être même plus de sens à nos yeux, alors nous sommes “mauvais.es” et ne méritons pas d’être aidées.

“Il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir.”

– Albert Camus, écrivain et philosophe français du début du 20eme siècle

La perte de sens au travail vient souvent aggraver la situation. David Graeber, anthropologue du milieu du 20e siècle à la London School of Economics, est le premier à avoir mis des mots sur ce phénomène. Selon lui, les Jobs à la con (“bullshit job” en anglais) sont responsables du sentiment d’aliénation des employé.es de bureau. Dédier sa vie à “des tâches inutiles" et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société” , ce n’est plus une situation tenable pour la plupart des gens.

Mais résiste-on vraiment au stress ?

En réalité, la capacité de chacun.e à emmagasiner du stress sans que notre santé mentale en souffre est fortement inégalitaire ! Contexte politique, situation économique, tissu relationnel, sont autant de facteurs qui agissent sur notre aptitude à faire face aux événements stressants.

“Il y a tellement de choses extérieures qui peuvent générer du stress, des choses sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle et ce n’est donc pas notre faute."
– Caroline Ménard, professeure au Département de psychiatrie et neuroscience de la Faculté de médecine de l’Université Laval

Alors pourquoi est-ce si difficile de mettre des limites ? Lorsque la souffrance s’installe au travail, un autre phénomène dévastateur se superpose au mal-être existant : celui de la responsabilisation individuelle. Qui n’a jamais eu le sentiment de se retrouver seul.e face à ses exigences ? De se remettre sans cesse en question ? De se sentir seul.e responsable de ses échecs, ou pire, responsable de sa propre souffrance ?

Pas que des robots

Parler de sa souffrance, surtout dans un contexte professionnel, relève souvent du défi.
Mettre des mots sur ses émotions, en parler sur son lieu de travail, ce n’est pas dans la norme. C’est une démarche souvent difficile, voire douloureuse, surtout lorsqu’il s’agit d’émotions négatives.

Peur d’exprimer des choses trop personnelles, inappropriées, peur de se montrer vulnérable ou trop sensible… l’expression des émotions est encore bien trop stigmatisée et associée à de la faiblesse. Elles sont donc la plupart du temps reléguées à la sphère privée, de crainte d’être mal perçues. Et pourtant des recherches scientifiques montrent que la prise en compte des émotions au travail est capitale.

“Sous-estimer ou ignorer l’influence des émotions dans le contexte professionnel ramène à exclure le facteur humain de la vie d’entreprise.”

– Dr Donald Glowinski, neuroscientifique et directeur du programme de formation aux compétences émotionnelles de l’UNIGE

Accepter le facteur humain

Le Docteur Donald Glowinski cherche à montrer à quel point “les émotions sont importantes, voire nécessaires, dans les processus décisionnels et d’apprentissage”.

“Il faut apprendre à reconnaître ses émotions et à mesurer leur impact pour éviter qu’elles ne deviennent une entrave."

– Dr Donald Glowinski

Exprimer ses émotions, apprendre à les identifier, qu’elles soient positives ou négatives, serait donc un atout. Elles pourraient nous permettre d’être plus attentif.ve à nos propres besoins et ceux de nos collègues. Comme l’explique le chercheur en neuropsychologie dans un entretien pour l’Université de Genève, les émotions sont au cœur de notre vie et elles influencent de manière déterminante notre comportement avec autrui.

Or, travailler, c’est peut-être avant tout une histoire d’interactions entre personnes. Ignorer l’influence des émotions dans le contexte professionnel revient tout simplement à aseptiser la vie en entreprise.

Chief Happiness Officer, en charge du bonheur au travail !

Et oui, Chief Happiness Officer, ou responsable du bonheur au travail en français, c’est un vrai métier. Les CHO tentent de booster le bien-être de leurs collègues en organisant des événements de “team-building” et en prêtant une oreille attentive aux problèmes de chacun.e. La fonction est largement critiquée comme inefficace voire néfaste pour les employé.es. Il semblerait cependant que les CHO peuvent parfois contribuer partiellement au bien-être des collaborateur.rices.

Mais attention à l’instrumentalisation des émotions et aux dérives de la psychologie positive ! Le fait, par exemple, de valoriser uniquement les émotions positives peut créer une sorte de décalage. Une dissonance se crée entre ce que l’on ressent réellement (les émotions dites “profondes”) et ce que l’on se sent obligé.e d’exprimer (les émotions dites “de surface”).

Or, nier les émotions négatives, se retenir de les exprimer, c’est néfaste ! D’un côté, cela augmente la sensation de mal-être et en plus cela perturbe notre manière de réagir. Par exemple, au lieu d’oser dire à son/sa patron.ne qu’une blague déplacée nous a heurté.e, nous allons au contraire nous montrer hyper cordial.e, alors que personne ne nous le demande. Le Docteur Glowinski parle de problème de régulation émotionnelle : “nous avons tendance à nous surinvestir, de manière parfois affective, et ainsi à exagérer les attentes envers nous-mêmes et les autres.” Dans ce cas là, une seule solution : communiquer !

L’expression des émotions est encore bien trop stigmatisée et associée à de la faiblesse. Et pourtant, nier les émotions négatives augmente la sensation de mal-être et en plus cela perturbe notre manière de réagir. 22 % des femmes cachent leurs sentiments la plupart du temps ou toujours sur leur lieu de travail !

des femmes

des hommes

Personnes cachant leurs sentiments la plupart du temps ou toujours, au travail

Comment développer son intelligence émotionnelle ?

Voici 3 actions que vous pouvez entreprendre dès aujourd’hui :

S’entraîner à repérer les décalages qui pourraient créer des situations de tension ou de rupture

Verbaliser les émotions engendrées par ce que vous avez repéré

Faire confiance à votre ressenti, affirmer vos valeurs, ce à quoi vous tenez

Sortir nos antennes !

Être capable de verbaliser ce que l’on ressent, cela s’apprend et se pratique !
Identifier, comprendre et exprimer des émotions, c’est manipuler tout un tas de données, sur nous-mêmes et les autres. Entraîner nos compétences émotionnelles c’est agir sur notre capacité à traiter toutes ces informations. Et cela va bien au-delà de se sentir “triste” ou ”heureux.se”. Glowinski parle de série de “prises de conscience” qui nous permettent de modifier notre comportement en fonction des situations.

Glowinski rappelle en effet qu’il ne faut jamais perdre de vue que l’émotion est une information sensible qui aide à l’action. Ce n’est pas une instruction. Développer ses compétences émotionnelles, c’est mieux comprendre pourquoi nous réagissons de telle ou telle manière. C’est mettre sur pause une émotion, prendre le temps de l’analyser pour agir différemment si nécessaire.

Prévenir plutôt que guérir

Le travail tient une place si importante dans notre vie que lorsque ça ne va pas, c’est parfois tout notre équilibre qui est ébranlé. Le burnout en est le parfait exemple. Ce mal-être, un peu fourre-tout, frappe de nombreux.ses travailleur.ses et n’en finit pas de faire parler de lui !

Parlez de santé mentale au travail, on vous parlera de burnout, et pourtant… n’est ce pas de SANTÉ dont on devrait parler en premier ? Dans un monde parallèle, nous aimerions que les mots santé mentale évoquent des choses comme : valorisation, reconnaissance, motivation, envie, curiosité, communication … ce sont tous ces éléments qui contribuent à notre santé mentale. Alors, peut-être faudrait-il changer de mentalité ?

“Le burnout n’est pas un risque, mais une conséquence.”

– Maude Rime, Responsable de l’entité psychologie du travail, Ville de Genève – Entretien avec minds du 1er avril 2022.

Réparer les dégâts ne suffit plus. Il faut modifier les conditions de travail qui mènent à la dégradation de notre santé mentale. En d’autres termes : comment prévenir plutôt que guérir ? Ce qui revient à se poser la question suivante : comment se sentir bien au travail ?

Risques ou ressources ?

La santé mentale au travail est influencée par de multiples éléments : ambiance entre collègues, relation avec la hiérarchie, conditions matérielles de travail…on les appelle les facteurs psychosociaux.

Quels sont les facteurs psychosociaux ?

Intensité du travail

Autonomie et valorisation des compétences

Soutien et considération

Harcèlement et discrimination

Valeur morale et sentiment d’utilité

Il existe 32 facteurs psychosociaux proposés par l’Office fédéral de la statistique (OFS)

Pour agir en faveur du bien-être de toutes et de tous, il faut transformer ces facteurs en ressources plutôt qu’en risques. Par exemple, une bonne ambiance de travail a des répercussions positives sur l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs. A l’inverse, une ambiance de travail pesante peut avoir des conséquences négatives comme des conflits, des tensions, du mal-être etc.

Et ce n’est pas tout ! Un facteur psychosocial peut représenter un risque pour certain.es, mais une ressource pour d’autres. Par exemple, certaines personnes préfèrent travailler de manière indépendante, mais pour d’autres cette indépendance peut devenir une grande source de stress.

“Quand on parle de santé mentale, on parle de conditions de travail. Si les conditions de travail sont bonnes, les employé.es seront en meilleure santé.”

– Maude Rime, Ville de Genève – Entretien avec minds du 1er avril 2022.

Après le greenwashing, le Mental Health Washing?

Les facteurs psychosociaux étant nombreux, les entreprises ont de multiples possibilités d’actions pour soutenir et améliorer le bien-être des travailleur.se.s. Mais on constate que les beaux discours ne sont pas toujours suivis par des actes. Cela coûte bien moins cher de parler de santé mentale que d’agir concrètement. C’est ce que l’on pourrait appeler le Mental Health Washing.

Greenwashing vs Mental Health Washing ?

Le greenwashing (éco-blanchiment en français) est une méthode de marketing qui consiste pour une entreprise à communiquer en se positionnant comme alliée de l’écologie. Le but étant de se donner une image éco-responsable éloignée de la réalité. Nous proposons le terme Mental Health Washing, pour décrire les actions d’une entreprise qui fait de même pour la santé mentale. Le but étant ici de se donner une image d’employeur inquiet du bien-être de ses employé.es, sans que cette inquiétude se traduisent en actions concrètes efficaces.

“HR in 2022” – Les ressources humaines en 2022

Vidéo de l’humoriste anglais Ali Woods Gigs

Pourquoi les entreprises continuent-elles à traiter les conséquences du mal, plutôt que d’attaquer celui-ci à la racine ?
Selon Vincent Leggiero, président du syndicat des transports (TPG) depuis plus de 30 ans, cette vision idéale de la prévention en santé mentale au travail se heurte à la réalité parfois violente du monde du travail.

Il est difficile de mettre en place des conditions de travail favorables à la santé mentale lorsque :

  • les relations de pouvoir sont fortement inégalitaires entre les personnes
  • la logique du profit domine
  • la vie politique influence les décisions.

“Selon la loi, le patron est responsable de la santé physique et morale de ses employés.”

– Vincent Leggiero, Président du syndicat du personnel des Transports (TPG)

Fonctionner en sous-effectifs par exemple permet à l’entreprise d’économiser de l’argent. Par ailleurs, le marché du travail actuel est caractérisé par une forte demande d’emploi face à une offre d’emploi plus faible. Alors pourquoi les entreprises feraient-elles l’effort d’améliorer les conditions de travail à leurs frais, alors qu’il y a toujours des gens en recherche d’emploi qui accepteront des conditions difficiles ?

Prévenir plutôt que guérir ! En effet, investir dans la santé mentale permettrait de nombreuses économies !

CHF 7,6 milliards par an

C’est ce que coûte le stress lié au travail aux entreprises en Suisse.
source : Job Stress Index 2020 de promotion santé Suisse

Des conditions humaines

Notre message est clair : il faut investir dans la prévention et agir directement sur les conditions en faveur du bien-être au travail. Mais encore faut-il que les actions menées soient réfléchies et adaptées aux besoins. Offrir des fruits de saison aux collaborateur.rice.s peut avoir un effet très positif sur leur santé mentale, mais cela ne permettra pas d’aider les personnes qui subissent par exemple une charge de travail excessive constante.

“Les bains d’huiles essentielles et les exercices d’étirement ne suffiront pas à améliorer votre environnement de travail toxique ou à donner à votre patron des compétences de management centrées sur la compassion.” (traduit de l’anglais)

– Dr. Justin D. Henderson, psychologue

Tous les facteurs psychosociaux ne se valent pas ! Certains d’entre eux ont plus d’importance que les autres pour le bien-être des individus. Alors comment se sentir bien au travail ?

3 facteurs fondamentaux ressortent très clairement :

3 facteurs fondamentaux pour le bien-être au travail

La solidarité et l’ambiance entre collègues

La qualité du management

La distribution de rôles et de responsabilités bien définis et assumés

“80% de l’envie d’aller travailler, c’est l’ambiance entre collègues.”

– Vincent Leggiero

Bien s’entendre avec ses collègues, avoir un.e manager.e bienveillant.e et compréhensif.ve, connaître son rôle et assumer ses responsabilités : est-ce là le secret du bien-être au travail ? Probablement pas pour tout le monde, mais c’est en tout cas un bon début ! Il revient maintenant aux entreprises et à la société dans son ensemble de faire en sorte que les conditions de travail de tou.te.s comprennent ces ressources fondamentales.

“Plutôt que de concentrer toute notre attention sur l’extinction de feux individuels, nous commençons à prêter attention aux facteurs plus larges qui contribuent à ces flambées.”(traduit de l’anglais)

– Dr. Justin D. Henderson, psychologue

“Les managers doivent-ils s’ouvrir aux émotions de leurs équipes ?”

A découvrir : le podcast “travail en cours"

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Références:

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