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Pourquoi les femmes sont-elles en moins bonne santé mentale que les hommes?
Les facteurs de santé mentale

Pourquoi les femmes sont-elles en moins bonne santé mentale que les hommes?

Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, est chaque année l’occasion de rappeler les inégalités persistantes entre hommes et femmes et de revendiquer des améliorations. En ce 8 mars 2019, minds saisit l’opportunité de mettre en lumière un domaine particulier où les inégalités sont moins connues mais pourtant frappantes: la santé mentale.

La santé mentale ne se résume pas à une absence de troubles psychiques. Elle comprend le bien-être, l’optimisme, la satisfaction, la confiance en soi, ou la capacité relationnelle. Elle est influencée par une interaction complexe de nombreux facteurs tels que les relations sociales, les événements de la vie, des facteurs génétiques, le revenu, la formation, l’emploi, le logement, l’accès aux services, les violences, les discrimination, ou encore l’environnement dans lequel on vit. Parce qu’il a une influence sur tous ces facteurs, le genre a inévitablement une influence déterminante sur la santé mentale.

La souffrance psychique des femmes

Comme dans beaucoup d’autres domaines, la situation des femmes en termes de santé mentale est moins favorable que celle des hommes. Les données suisses récentes (1) nous apprennent que:

20,7% des femmes font état de problèmes psychiques moyens à importants, contre 15,1% des hommes

15,2% des femmes se disent parfois à tout le temps abattues et déprimées, contre 9% des hommes

28,8% des femmes se disent parfois à tout le temps très nerveuses, contre 20,5% des hommes

31,8% des femmes souffrent de symptômes dépressifs contre 25,5% des hommes

42,4% des femmes se sentent parfois à très souvent seules, contre 29,5% des hommes

Ces chiffres sont frappants parce qu’ils révèlent une inégalité de fait entre hommes et femmes face à la souffrance psychique. Expliquer ces différences est complexe, mais en mettant en interaction le genre avec d’autres facteurs sociaux et avec certains facteurs de risque spécifiques, on peut tenter de comprendre comment les inégalités entre les sexes peuvent affecter la santé, notamment mentale (2).

Le prix des rôles sociaux

Les facteurs psychosociaux qui influencent la santé mentale des femmes ne sont pas les mêmes que pour les hommes. Des événements critiques tels que la grossesse, un avortement, des discriminations, des violences ou la parentalité en solo (la majorité des parents seuls sont des femmes) ont un impact direct sur la santé mentale des femmes.

Au-delà de ces événements, les rôles sociaux attribués aux femmes ont un lourd impact sur leur santé mentale. La répartition traditionnelle des responsabilités familiales et domestiques entre hommes et femmes constitue en soi un facteur de vulnérabilité. Dans 63% des ménages suisses, la responsabilité principale des tâches ménagères et des soins aux enfants incombe aux femmes (3). Et lorsqu’un enfant est malade, dans 81% des cas, c’est la femme qui reste à la maison. Sur 1,9 million de proches aidants ou soignants en Suisse (personnes qui prennent soin de proches malades ou incapacités), trois quart sont des femmes. Ces personnes font face à des contraintes physiques, psychiques et sociales qui ont un impact négatif sur leur état de santé, leur bien-être et leur satisfaction générale (4). Ce sont également les femmes qui subissent les répercussions financières de la vie familiale (perte d’emploi, temps partiel, salaires et retraites moindres, etc.)

Cette surcharge familiale et domestique, cumulée souvent avec une vie professionnelle augmente le risque de surcharge mentale et émotionnelle, et par conséquent le risque d’épuisement, mais aussi de troubles anxieux ou dépressifs (2).

Le travail, incubateur de souffrance

La vie professionnelle des femmes constitue également une source de risques pour leur santé mentale. Une étude menée en 2016 par l’Université de Columbia a établi un lien étroit entre l’écart de rémunération entre hommes et femmes, et la survenue de symptômes dépressifs et d’anxiété. Une autre étude australienne révèle que les femmes victimes de sexisme institutionnel ont le sentiment de ne pas “appartenir” à leur secteur d’activité, ce qui a un impact non seulement sur leur satisfaction au travail, mais également sur leur santé mentale (sentiment de solitude, troubles dépressifs).

Entre sexisme, harcèlement et discriminations, le milieu du travail peut ressembler à un incubateur de souffrance psychique pour les femmes. Selon un sondage réalisé pour Young Women’s Trust, au Royaume-Uni, près d’un quart des femmes du pays seraient victimes de harcèlement sexuel au travail, mais seules 8% de ces femmes le signalent. Toujours selon ce sondage, 31% des femmes disent avoir été victimes de discrimination fondée sur le sexe lors de la recherche d’emploi et plus de 40% des mères déclarent subir des discriminations à cause de leur grossesse. Elles sont 52% à rapporter que ces discriminations, et donc leur vie professionnelle, ont un impact négatif sur leur santé mentale.

Victimes de violences

Les femmes sont toujours aujourd’hui les principales victimes des violences d’ordre physique, sexuel ou psychologique. En 2017, sur les 35’000 victimes d’infractions en Suisse, 77% étaient de femmes. Mais 87% des auteurs étaient des hommes… (5)

Les conséquences de ces violences se traduisent, notamment, par des traumatismes psychiques même des années plus tard. Ces victimes ont un risque plus élevé de développer des symptômes dépressifs, des comportements à risques, des états de stress post-traumatiques, voire de faire des tentatives de suicide. Dans beaucoup de cas de violences, notamment de violences sexuelles, les victimes ne rapportent pas l’infraction avant plusieurs années, ce qui a pour conséquence de les priver des soins, du soutien et de l’accompagnement nécessaires. Ce délai peut aggraver la souffrance psychique des victimes et augmenter la durée des traitements lorsqu’ils sont enfin reçus.

Progresser et nuancer

Le genre est un facteur majeur de santé mentale, non seulement en tant que tel, mais parce qu’il influence tous les autres. La souffrance psychique des femmes est à l’évidence multi-factorielle, comme toute souffrance. Cette Journée internationale pour les droits des femmes nous donne l’occasion de nous souvenir qu’être homme ou femme, aujourd’hui, fait encore une différence, même en termes de bien-être mental, et que nous avons une responsabilité collective d’agir pour combler ces différences.

Mentionnons également que si les hommes s’en tirent mieux que les femmes statistiquement, c’est peut-être également pour des raisons moins évidentes. La dépression masculine, par exemple, passerait souvent inaperçue et ne serait donc pas assez traitée en raison de barrières émotionnelles (les hommes parlent moins de leur souffrance que les femmes) et de problèmes de dépistage (les symptômes masculins de la dépression sont différents et donc méconnus, ce qui a pour conséquence qu’elle est souvent mal diagnostiquée) (6).

Sources

  1. Observatoire suisse de la santé, Santé psychique, monitorage 2016
  2. Rev Med Suisse 2015 ; volume 11 : 1750-4
  3. OFS, Les familles en Suisse, 2017
  4. Promotion Santé Suisse, La santé psychique au cours de la vie, 2016
  5. OFS, Criminalité et droit pénal, 2017
  6. Rev Med Suisse 2016 ; volume 12 : 1614-1619